Journée internationale de la photographie 2025
À l’occasion de la Journée internationale de la photographie 2025, le Collectif des photographes Taweydo a organisé une exposition à la Galerie Taweydo, à Niamey. Les dix photographies présentées ici réunissent les regards de huit photographes. Chaque image est accompagnée du nom de son auteur et du texte qui la présente.

Coucher de soleil à Tillabéri, sur les rives du majestueux fleuve Niger.
Le ciel s’embrase et se fond dans l’eau, répandant une lumière d’or.
Un instant de calme absolu, où la nature offre au Sahel son visage le plus apaisé : silence, lumière et harmonie.

Espèce rare et emblématique – l’une des dernières races de girafes en Afrique – la girafe du Niger se distingue par sa robe claire, d’une beauté unique au Sahel. Fragile et majestueuse, elle vit une quinzaine d’années à l’état sauvage et nous rappelle que protéger la nature, c’est transmettre un héritage vivant aux générations futures.

Cette vache et ce taureau, tout en broutant côte à côte, semblent dialoguer à leur manière. Comme chez les humains, leur proximité traduit une recherche d’équilibre et d’harmonie, une forme silencieuse de communication qui rappelle l’importance du vivre-ensemble.

Le vieux Lion
Depuis combien de temps vit-il dans cette cage à peine plus grande que lui ? Je l’ai vu là dès ma première visite au musée, il y a… une éternité. Son regard, que la cage éborgne, me dit la nostalgie des savanes infinies que nous lui avons confisquées, mais aussi une présence, une force et une indocilité que les circonstances de la vie ne semblent jamais avoir ébranlées.
Ce Roi déchu de la jungle, désormais captif des humains, n’a plus que le chahut des visiteurs ou le rire des enfants pour rythmer ses journées monotones.
En exhibant ce symbole de liberté, nous en avons fait une représentation dérisoire de ce qu’elle fut. Et c’est là tout le paradoxe de notre « humanité » : fascinés par la surface des choses, nous abîmons ce que nous touchons en oubliant qu’elles ont un sens profond. Et peut-être sommes-nous alors plus proches de ce Lion que nous ne le croyions : comme lui, nous sommes prisonniers d’un monde qui nous arrache à notre véritable nature et d’invisibles barreaux nous séparent de l’horizon qui nous appelle.
C’est aussi cela, la force fascinante de la photographie : nous révéler ce que notre regard habitué ne voyait plus.

Fabriquée avec le fruit du calebassier, la calebasse est devenue, au fil des siècles, un objet polyvalent, indissociable des cultures d’Afrique de l’Ouest, notamment au sein de la communauté Zarma du Niger.
Héritage ancestral, elle sert aussi bien de récipient du quotidien que d’instrument de musique ou, lorsqu’elle est décorée, elle prend une valeur symbolique dans les rituels.

Guerrier wangari du Sahel : ses amulettes, ses armes et son bouclier ne sont pas seulement des attributs de combat, mais les symboles d’une résistance ancienne. Il exprime à la fois la bravoure de l’homme sahélien et la force des aïeux qui veillent encore. Image culturelle, mémoire vivante.

À Niamey, ce canal obstrué par des déchets illustre la fragilité des quartiers urbains face à l’insalubrité. L’eau y stagne, terrain idéal pour les moustiques et les maladies comme le paludisme ou la diarrhée. Plus qu’un problème environnemental, c’est une menace directe pour la santé des habitants, qui nécessite une prise de conscience et d’une action collective urgente.

Alewa est son nom chez nous.
De superbes cristaux de sucre de canne brut, ambrés, aux reflets dorés.
Ils naissent du jus de la canne, cristallisé par évaporation au soleil ou par chauffage, grâce à un savoir-faire ancestral qui mêle tradition et artisanat.
Moins raffinés que le sucre blanc, ils conservent une part de mélasse, qui leur confère des notes riches et chaudes de caramel.
Au Sahel, on les utilise pour sucrer le thé ou d’autres préparations, et leur douceur profonde rappelle combien certaines saveurs simples peuvent donner sens et éclat à la vie.

Cette petite fille s’apprête à aller voir son oncle, tout juste rentré d'Amérique. Et pour elle, l’Amérique, c’est sa maison. Alors en chemin, la joie puissante et belle de l’aventure illumine son sourire.

Prière
« Prière » ou comment un échec peut devenir une réussite
Entre spiritualité, pudeur et humilité, cette image incarne ce que j’aime du Niger. Mais elle marque aussi le début de ma vie de photographe.
2009. Niamey. Une Fatiha de mariage. J’étais heureux de saisir l’intensité du moment. Mais de retour en Suisse, ma déception fut totale : toute une série ratée à cause de réglages aléatoires. Une seule photo exploitable : un visage « bougé », mais une force mystérieuse qui se dégage. J’ai aimé cette clarté qui, affleurant des mains, raconte la vulnérabilité d’une vie face au temps qui passe ; ce chapelet à peine deviné, qui nous dit l’espoir d’un dieu protecteur ; et ce noir-blanc qui efface le temps, transformant cette prière en une méditation universelle.
De cette erreur est née ma volonté de progresser : j’ai lu, beaucoup. J’ai photographié, chaque jour. J’ai appris à maîtriser mon boîtier pour que plus aucun instant unique ne s’efface par maladresse. Cette image est ainsi devenue un moteur et, plus tard, une envie de transmettre, quand un ami, qui se reconnaîtra ici, m’a convaincu que mon expérience pourrait ouvrir la voie à d’autres photographes.